5 questions pour comprendre la mobilisation

1. Pourquoi ce mouvement ?

Les populations de nombreux pays d’Afrique se sentent prises en otage par le pouvoir en place. 90% des Gabonais, des Togolais ou des Equato-guinéens n’ont connu qu’une seule famille à la tête de l’Etat ! Depuis 2015 de nombreux présidents en place, atteints par la limite d’âge ou de mandats, tentent de réformer la Constitution pour rester au pouvoir (Congo, Rwanda, Burundi, Guinée, Côte d'Ivoire...).

Depuis 2000, treize chefs d’Etat africains ont changé leur Constitution pour rester au pouvoir.Les populations de ces pays ne l’entendent pas de cette oreille. La contestation enfle sur tout le continent. 

Les mouvements citoyens (Y'en a marre, Balai Citoyen, Ras-le-Bol, Ca suffit, Iyina...) se joignent aux ONG de défense des droits, aux syndicats ou aux organisations confessionnelles pour défendre le droit de choisir librement leurs dirigeants. Une étude d’Afrobarometer de 2015, réalisée dans 30 pays, a révélé que la vaste majorité des Africains étaient en faveur d’une limite des mandats présidentiels à deux mandats. Telle est l’opinion de la majorité, même dans les pays qui n’ont jamais eu de limitations du nombre de mandats, ou qui les ont éliminées, ce qui remet en question l’affirmation par les dirigeants en place que leurs campagnes pour se maintenir au pouvoir reflètent la volonté populaire.

Dans ce face-à-face avec le pouvoir, les populations prennent parfois de gros risques. Mais on en parle pas assez. Pour nous il est temps d’une nouvelle alliance entre citoyens d’Afrique, d’Europe et d’ail­leurs, pour une nouvelle étape : obtenir et faire vivre l’alternance démocratique.

2. L’alternance ne risque-t-elle pas de plonger les pays concernés dans le chaos ?

L’invocation de la stabilité politique et l’artifice de la lutte contre la menace terroriste ne doivent pas faire illusion. Partout, l’expérience a montré que le respect des règles démocratiques constitue le meilleur antidote contre l’instabilité politique, les conflits armés et le terrorisme. C’est la solidité des institutions qui garantit la stabilité et non la pérennité du pouvoir personnel.

Selon l'Africa Center for Strategic Studies, sur les 21 pays africains qui ont maintenu les limites de mandats dans leur constitution, les chefs d’Etat ne sont au pouvoir que depuis 4 ans, en moyenne. Par contre, le temps moyen au pouvoir pour les 10 dirigeants africains qui ont éludé la limitation de mandats est de 22 ans. Or, la suppression de la limitation du mandat sape la confiance des populations, accroît la concentration du pouvoir entre les mains d'un ou d’une poignée d’individus et réduit de ce fait l'espace politique. Cette tendance entraîne finalement des risques accrus de tension, de violence politique et même de conflits civils.

3. L’alternance d’accord, mais après ? Si rien ne change dans la pratique du pouvoir ?

Pour que le mot alternance ait un sens, il s’agit de lui donner un contenu. Notre objectif est de contribuer à un changement de gouvernance, pas seulement un changement de régime ou de personnes.

C’est à chaque peuple qu’il revient de le définir suivant son histoire, sa culture et son imagination créatrice. Mais quelques mesures pourraient ancrer une véritable alternance porteuse de démocratie :

  • transparence sur le budget de l’État, les contrats avec les multinationales et les recettes issues de l’exploitation des ressources naturelles ;
  • respect des normes républicaines dans les nominations aux postes de commandement militaire et policier ;
  • liberté d’opinion, de presse et de manifestation sans préalable autre que l’information de l’autorité administrative ;
  • nomination des magistrats indépendamment du pouvoir politique…

4. Qui est à l’initiative de ce mouvement ?

L'idée originale de lancée une campagne internationale pour défendre et promouvoir l'alternance en Afrique provient d'acteurs de la société civile du Congo-B.

L'appel fondateur est alors né de la rencontre entre des associations et des intellectuels d’Afrique (Sénégal, RDC, Congo, Cameroun, Gabon, Burkina Faso…) et d’Europe (France, Belgique…). Un historien sénégalais en est l’auteur principal. Les premiers signataires sont surtout d’Afrique (17 pays) et d’Europe (6 pays) : plus de 100 associations et syndicats ; une cinquantaine d’intellectuels et artistes (dont Achille Mbembe, Edgar Morin, Valentin-Yves Mudimbe,  Eva Joly, Bertrand Badie, Olivier de Schutter, Pierre Rosanvallon, Abderrahmane Sissako, Monique Chemillier-Gendreau, Smockey, Noam Chomsky…).

Aujourd'hui, le mouvement est composé de 250 organisations membres et dispose d'organes de gouvernance élus par les militants (voir la section  Qui sommes-nous ?).


5. Concrètement, qu’attendons-nous ? Que faisons-nous ?

Nous appelons :

  • « à un large rassemblement pour tourner la page des régimes autoritaires et construire les conditions d’une véritable démocratie en Afrique ». Toutes associations, syndicats, personnalités ou simples citoyens d’Afrique, d’Europe… peuvent nous rejoindre.
  • Les médias internationaux à braquer leurs projecteurs sur cette situation, sur la répression dont peuvent faire l’objet les défenseurs des droits et de la démocratie dans ces pays.
  • Les dirigeants en place, qui « ont rendez-vous avec l’Histoire », à sortir par la grande porte, en se conformant à la Constitution et à la Charte de l’Union africaine.
  • Les dirigeants européens à faire des « coups d’Etat constitutionnels » et du refus d'alternance démocratique une nouvelle ligne rouge de la diplomatie internationale et à ouvrir les portes de leurs ambassades aux militants de la démocratie. . L’Europe trahirait ses intérêts et ses valeurs à cautionner par son silence la perpétuation de régimes archaïques au sud du Sahara.

Nous menons des actions autour de 4 axes principaux :

  • La mobilisation sociale et l'éducation citoyenne
  • Le plaidoyer et la communication
  • La formation des militants et le renforcement des organisations.
  • La protection des militants et activistes