Niger - Rapport - Deuxième tour des élections présidentielles, entre violences et trafic de voix : Un hold up électoral ?
Communiqué  Posté le 04-03-2021 11:34, modifié le 04-03-2021 11:34 par Tournons la Page

L'OPELE, observatoire citoyen soutenu par Tournons La Page, publie son rapport d'observation du second tour de l'élection présidentielle au Niger. Le second tour de l’élection présidentielle a connu une mobilisation exceptionnelle des citoyens nigériens. Il a été globalement apaisé mais caractérisé par des campagnes illégales, des achats de conscience, des cas de corruption électorale, des discours de haine proférés dans le camp du candidat du parti au pouvoir comme celui de l’opposition, un manque de personnel et de matériel par endroits, une très faible application des mesures barrières contre le COVID, des cas flagrants de méconnaissance des procédures de vote par les agents électoraux, des détournements des urnes et des cartes d’électeurs, une très faible sécurisation du processus électoral notamment dans les régions de Tillabéry et de Diffa. Des attaques à Tillabéry et Diffa ont causé 8 victimes, le jour du scrutin.

Mais la mobilisation en apparence très forte avec des taux de participations anormalement très élevés dans certaines régions notamment dans les régions de Tahoua et d’Agadez, jettent un sérieux doute sur la crédibilité des résultats compilés, hâtivement annoncés par la CENI et dénoncés par le candidat de l’opposition comme une tentative de hold-up électoral.

Par exemple, dans la région d'Agadez, le taux de participation général est de 67,66%. En revanche, dans certaines communes de la région où vivent des populations nomades et où on devrait logiquement s'attendre à avoir une participation moindre, affichent des taux de participation record. À titre d'exemple, la commune de Djado, une autre zone nomade de la région a connu un taux de participation de 42,52%. Par contre :

  • La commune de Timia a affiché un taux de 103,07% ;
  • La commune de Gougaram a affiché un taux de participation de 85,65% ;
  • La commune d'Aberbissinat où les représentants de l'opposition avaient été renvoyés le matin, a affiché un taux de participation de 85,87%.

Le taux de participation moyen au Niger au premier tour était de 69,67%, au deuxième tour il a été de 62,91%. Des chiffres encourageants qui montrent l'intérêt des citoyens pour la chose publique mais qui cachent dans certaines communes des chiffres non crédibles.

- La commune de Dabaga où des faux bulletins et des bulletins préremplis ont été distribués, a affiché un taux de participation de 88,01%.

Dans la région de Tahoua, des zones nomades ont également enregistré des taux de participation records :

  • La commune d'Azeye a affiché un taux de participation de 99,76% ;
  • La commune d'Ankoubounou a affiché un taux de participation de 98,63% ;
  • La commune de Tillia a affiché un taux de participation de 98,18% ;
  • La commune de Tamaya a affiché un taux de participation de 95,13% ;
  • La commune d'Abalak a affiché un taux de participation de 92,61% ;
  • La commune de Tabalak a affiché un taux de participation de 92,28% ;
  • La commune de Kao a affiché un taux de participation de 90,34% ;
  • La commune de Tassara a affiché un taux de participation de 95,78% ;
  • La commune de Tchintabaraden a affiché un taux de participation de 95,16%.

Il est à noter que dans ces deux dernières communes, les délégués de l'opposition ont été chassés par des hommes armés le matin du scrutin.

Les autres départements de la région affichent une moyenne de taux de participation de 78%, soit le taux de participation le plus élevé du pays.

Dans 12 communes parmi lesquelles celles précitées, les représentants du RDR-Tchandji ont refusé de signer les procès-verbaux en raison des irrégularités graves constatées. Il s'agit des communes d'Abalak, Akoubounou, Azeye, Bambeye, Bouza, Kao, Tabalak, Tassara, Tamaya, Tebaram, Tchintabaraden et Tillia. La synthèse régionale elle-même n'a pas été signée par le représentant du RDR-Tchangi à la CENI régionale de Tahoua.

Conséquences : l’annonce des résultats globaux provisoires a provoqué des scènes de violence sans précédent dans la capitale Niamey et dans des communes de plusieurs autres régions.  Le ministre de l’intérieur, dans un point de presse a incriminé les leaders de l’opposition, en particulier le chef de file de l’opposition (qui a soutenu le candidat Mahamane Ousmane au deuxième tour) comme responsable des manifestations violentes. Plusieurs leaders de l’opposition, dont le chef de file de l’opposition et l’ancien Chef d’État-Major Général des Armées après leurs garde à vue à la Police Judiciaire ont étés poursuivis et  déférés dans différentes prisons à l’intérieur du pays. Et au total près de 450 interpellations ont suivi ces manifestations.